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« Oh pinaise ! » : Disney rachète la Fox !

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« Oh pinaise ! » : Disney rachète la Fox !

il y a 1 an

Le 14 décembre 2017, la Walt Disney Company s'est offert un cadeau de Noël avant l'heure, en annonçant le rachat de la majeure partie des actifs de la Twenty First Century Fox, la maison-mère des mythiques studios de la Fox, pour la modique somme de 52,4 milliards de dollars. L'entreprise fondée par les frères Roy et Walt Disney, et dirigée par Robert Iger depuis une dizaine d'années, mettait ainsi fin à une rumeur de presse, qui enflait depuis le début du mois de novembre. Mais quelle histoire se cache derrière ce méga rachat, aboutissant à la création du plus grand groupe de divertissement n'ayant jamais existé ? Disney Gazette vous livre les clés de cette folle nouvelle qui, comme les précédents rachats de Disney, risque de faire encore couler beaucoup d'encre et de pixels.
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La 21st Century Fox, une major d'Hollywood

Quand une major comme la Walt Disney Company rachète une autre grande major d’Hollywood comme la 21st Century Fox, de nombreuses questions se posent. Mais avant d’y répondre, il est important de savoir qui est donc cette fameuse entreprise qui va être rachetée par les adeptes de l’Oncle Picsou, son histoire, et notamment les liens qui peuvent la rapprocher de sa nouvelle maison-mère. Car la « Fox », c’est une histoire tout aussi vieille que celle de Disney, faite de succès et d’échecs, dont l’histoire est étrangement analogue à celle de son nouveau propriétaire.


Une major issue d’une première série de fusions

L’histoire du groupe qui a donné aujourd’hui la 21st Century Fox est aussi vieille que l’industrie du cinéma. Elle commence quelques années avant la naissance des Disney Brothers Studios, par la création en 1913 d’une société de production cinématographique, et d’une société de distribution de films (chaîne de cinéma), qui fusionnent en 1915 pour donner naissance à la Fox Film Corporation, du nom de William Fox, créateur du groupe et pionnier de l’industrie du divertissement de masse. La Fox est là avant-tout pour créer du contenu pour les cinémas du groupe. En effet, dans les débuts du cinéma, les grands studios étaient souvent propriétaires de leur propre chaîne de cinéma, afin d’assurer la distribution de leurs films plus facilement.
Bien que les premiers studios voient le jour dans le New-Jersey, non loin du siège historique de la Fox, New-York, des opportunités se présentent dès 1917 sur la côte ouest du pays, où le climat de Los Angeles s’avère plus clément que celui de la grosse pomme pour la réalisation de films. Puis en 1926, le groupe acquiert les terrains de ce qui constitue encore à ce jour le cœur névralgique des studios de cinéma du groupe, et son actuel siège social, les Fox Studios à Century City, un quartier ouest de Los Angeles, au sud de la commune de Beverly Hills.
Image Image Durant les années 1920, la Fox est l’un des studios pionnier du cinéma parlant, et innove avec son procédé Movietone, permettant d’enregistrer l’image et le son sur une même bobine. Avec la popularité grandissante de ses productions, la Fox devient alors l’une des Majors d’Hollywood, et vient concurrencer la MGM, alors plus gros studio de l’époque. Quand, en 1927, Marcus Loew, l’un des créateurs de la MGM, meurt, William Fox propose à la famille de racheter ses parts. Son objectif est de prendre le contrôle de son concurrent. Mais Louis B. Mayer, toujours à la tête du studio qu’il a créé et qui porte son nom, ne compte pas l’entendre de cette oreille, et grâce à ses appuis politiques, réussit à faire jouer les lois anti-trust et à faire échouer le projet de fusion entre la Fox et la MGM. Cet épisode intervient en même temps que la crise financière de 1929, durant laquelle William Fox perd la majeure partie de sa fortune. Acculé, le producteur est contraint de déclarer son entreprise en faillite en 1935.
Parallèlement, un petit studio indépendant, Twentieth Century Picture, voit le jour en 1933, grâce à des anciens d’United Artists, de Warner Bros. et de Fox Film Corporation, le tout grâce à des fonds prêtés par Louis B. Mayer, le patron de la MGM. Dès ses premières productions, Twentieth Century Picture s’illustre admirablement. Quand, en 1935, se présente l’opportunité de racheter Fox Film Corporation, les dirigeants de Twentieth Century Picture n’hésitent pas, et tel David qui mangerait Goliath, The Twentieth Century-Fox Film Corporation, plus communément appelée 20th Century Fox, voit le jour le 31 mai 1935.
Image Durant les dix années qui suivent, la 20th Century Fox redresse considérablement la barre, tant et si bien qu’elle parvient même à doubler la MGM certaines années. Son succès repose essentiellement sur la production de films biographiques populaires et de comédies musicales, deux genres particulièrement en vogue dans un monde qui sombre de plus en plus vers la seconde guerre mondiale, et qui a besoin de se changer les idées.
Avec la fin de la guerre, le studio réoriente sa stratégie et produit des films plus sérieux et adultes, qui redorent l’image de la 20th Century Fox auprès de la critique. Mais le succès du studio fait des jaloux, et au début des années 1950, le groupe est contraint de se séparer de son réseau de salles de cinéma par les nouvelles lois anti-trust. Les années 1950 marquent le retour du peplum, et le studio, avec La Tunique, offre ainsi au monde le premier film en Cinemascope, un format grand spectacle qui sera adopté par l’ensemble des autres studios d’Hollywood, et qui reste encore à ce jour l’une des normes de base du cinéma moderne. Le groupe n’en oublie pas moins l’un de ses genres de prédilection, la comédie musicale, avec notamment des adaptations de pièces de Broadway comme Carrousel, le Roi et Moi, ou bien encore Oklahoma !. Mais la grande star de la 20th Century Fox, durant les années 1950, c’est bien entendu la sulfureuse Marylin Monroe, avec des films comme Niagara, Les Hommes Préfèrent les Blondes, Comment Épouser un Millionnaire, ou bien encore Sept Ans de Réflexion.
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Avec les années 1960, la 20th Century Fox se lance dans des super-productions de plus en plus ambitieuses et onéreuses pour les finances du studio. Cette décennie verra ainsi l’arrivée, sur les écrans, du film de guerre le plus impressionnant sur la seconde guerre mondiale, Le Jour le Plus Long, du film le plus cher de l’histoire du cinéma à l’époque, avec Cléopâtre, porté par la nouvelle reine du box office Elizabeth Taylor, du film qui sera l’un des plus gros succès du cinéma encore à ce jour, la Mélodie du Bonheur avec Julie Andrews, ou bien encore d’un des premiers films de science-fiction qui marquera l’histoire du cinéma moderne, La Planète des Singes, avec Charlton Heston.
Enfin, les années 1960 marquent le début du développement de 20th Century Fox Television, la filiale du studio en charge de la production de séries et de téléfilms pour les trois grandes chaînes nationales américaines de l’époque. On lui doit notamment à cette époque les séries Perdus dans l’Espace, Le Frelon Vert, ou bien encore la série live-action Batman.
Mais la fin de cette décennie est marquée par une suite de déconvenues au box-office, qui pousse les actionnaires du studio à remanier l’équipe dirigeante, qui reste quasiment inchangée depuis la fusion de la Fox et de Twentieth Century, il y a de cela 35 ans.
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Les années 1970 se passent sous de bons auspices pour le studio et sa nouvelle direction. La première moitié de cette décennie, ce sont les films catastrophes qui ont les faveurs du public, et la 20th Century Fox n’échappe pas au phénomène, en produisant notamment l’Aventure du Poséidon, ainsi que le nouveau film le plus cher de l’histoire du cinéma à l’époque, La Tour Infernale (co-produit avec le concurrent Warner Bros., tellement le coût du film était important). Sur la seconde moitié des années 70, ce sont les films d’horreur qui ont la côte. Le studio dégaine alors avec La Malédiction et ses suites, ainsi qu’Alien de Ridley Scott. Durant cette décennie, le studio n’en oublie pas moins les styles qui ont fait son succès, les films musicaux et les adaptations biographiques, avec notamment le Rocky Horror Picture Show d’un côté, et French Connection de l’autre, premier film à être classé R (interdit aux moins de 17 ans) aux États-Unis. Mais le gros succès de la 20th Century Fox reste bien entendu la saga Star Wars de George Lucas, dont les trois premiers films sortent à la fin de cette période, et deviennent des succès mondiaux (bien que le studio n’ait produit que le premier film, les suivants l’étant directement par Lucas via sa société Lucasfilm).
Côté télévision, le groupe surfe sur ses succès au box-office et les adapte en séries. Ce sera ainsi le cas de MASH, ou bien de La Planète des Singes. Mais ce sont surtout les téléfilms qui marqueront cette décennie pour la filiale 20th Century Fox Television, avec notamment The Swiss Family Robinson (et sa déclinaison en série) pour ABC, nouvelle adaptation du Robinson Suisse, que les Walt Disney Studios avaient notamment déjà porté sur grand écran en 1960, avec Les Robinson des mers du Sud.
Les succès du studio aiguisent les appétits de nouveaux investisseurs, Marc Rich et Marvin Davis, qui prennent son contrôle à parts égales (37,5 % chacun) en 1981, avec l’aide de la toute jeune News Corporation, le groupe de presse de l’australien Rupert Murdoch, qui entre alors au capital du studio à hauteur de 25 %.
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L’intégration au groupe News Corporation

Malheureusement pour le studio, ces nouveaux actionnaires majoritaires n’étaient pas aussi impliqués et propres que les précédents. Ainsi, en 1984, Marc Rich ayant fui les Etats-Unis pour avoir escroqué le fisc et pactisé avec l’Iran, ses parts dans la 20th Century Fox sont revendues à l’actionnaire minoritaire News Corporation. À peine quelques mois plus tard, Marvin Davis revend également ses parts à News Corporation ; la 20th Century Fox n’est plus un studio indépendant, mais bien la propriété intégrale, et l’une des composantes majeures d’un grand conglomérat de média. Pour que l’opération aboutisse, Murdoch devient donc citoyen américain, et déplace le siège social de son entreprise, d’Adelaïde à New-York.
Pour redresser la situation financière délicate de la 20th Century Fox, le mania des médias fait appel à Barry Diller, alors président de la Paramount et grand artisan du sauvetage, dans les années 1970, de cet autre studio mythique. Le projet de Diller est simple : pour que le studio soit rentable, il faut diversifier la production, et passer par la création d’une chaîne de télévision avec publicité, qui diffuserait ainsi les contenus du studio... Et cela tombe bien, le réseau MetroMedia est à vendre. L’ensemble des opérations de rachat de la 20th Century Fox et de MetroMedia par News Corporation est finalisé entre 1985 et 1986, et cette même année voit la naissance du quatrième réseau national de télévision aux Etats-Unis, avec Fox Broadcasting Company, plus communément appelée FOX.
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Après ces grandes manœuvres, les années 1980 et 1990 seront marquées par un retour en grâce de la 20th Century Fox au cinéma, et cela en produisant des films tous dans des styles très différents les uns des autres, mais qui trouvèrent leur public. Cocoon, A la poursuite du Diamant Vert, Highlander, Piège de Cristal, Maman j’ai Raté l’Avion, Predator, Hot Shots !, Speed, Independence Day, ou bien encore le Docteur Dolittle ne sont que quelques exemples de premiers films de nouvelles franchises qui voient le jour durant ces deux décennies, sans compter la poursuite de la saga Alien. Et ces franchises ne sont que la face immergée de l’iceberg de puissance que redevient la 20th Century Fox, qui nous offre également, à cette époque, des films allant de Wall Street à Legend (l’un des premiers grands rôles de Tom Cruise au cinéma), en passant par Abyss, Point Break, Madame Doubtfire, Edward aux Mains d’Argent, Roméo+Juliette, Volcano, Mary à tout Prix, ou bien encore les dessins animés Richard au Pays des Livres Magiques, et Anastasia.
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Avec la vague du cinéma d’auteur des années 1990, le studio crée en 1994 son propre label, Fox Searchlight Pictures, qui offrira au public The Full Monty (l’un des premiers films de Robert Carlyle, le terrible Rumplestiltskin de la série d’ABC Once Upon A Time). En 1997, le groupe acquiert une petite entreprise spécialisée dans les effets spéciaux, Blue Sky Studios, afin de la faire travailler sur ces grosses productions, notamment le dernier volet de la saga Alien, ou bien encore Fight Club. Mais c’est encore une fois l’un des films les plus chers de l’histoire du cinéma, et ayant une nouvelle fois demandé une co-production (avec la Paramount cette fois), qui assurera à la 20th Century Fox, l’hégémonie sur le box-office mondial, avec le Titanic de James Cameron, nouveau plus gros succès de l’histoire du cinéma à l’époque.
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Mais c’est essentiellement à la télévision que la croissance du groupe News Corporation est la plus impressionnante, et 20th Century Fox Television se met à produire quasi-exclusivement pour la chaîne FOX, puis pour ses petites sœurs. Les années 1980, mais surtout les années 1990, seront ainsi riches pour le monde de la série télé, car la FOX bouscule les codes avec des séries beaucoup plus modernes que les traditionnelles séries policières ou comiques-familiales, dont sont abreuvés les foyers américains par les trois grandes chaînes historiques. 20th Century Fox Television va donc créer pour sa société sœur, les séries Mariés Deux Enfants, 21 Jump Street (qui révèlera Johnny Deep), The Simpsons, Les Dessous de Palm Beach, X-Files, Le Caméléon, Ally McBeal, Dharma & Greg, Buffy Contre les Vampires (adaptée d’un film du studio du début des années 1990), The Practice, That '70s Show, Roswell, Les Griffin, ou bien encore Futurama.
Le groupe se lance également dans la production d’émissions TV, dont la plus célèbre, COPS, est l’ancêtre de ce qui deviendra la télé réalité dans la décennie suivante. En moins de quinze ans, l’explosion de la chaîne FOX est telle, qu’elle en vient à concurrencer réellement ABC, NBC, et CBS sur les audiences. Outre la qualité des programmes, c’est l’augmentation des fréquences hertziennes détenues par la Fox Broadcasting Company, notamment par l’affiliation de nombreuses chaînes locales au réseau FOX dans les années 1990, et l’acquisition d’importants droits sportifs (notamment sur les puissants matchs de football américain) qui permettent à la chaîne de réussir un tel exploit.
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Avec la croissance fulgurante de la télévision par câble et satellite, News Corporation se lance dans la création de plusieurs nouvelles chaînes thématiques durant les années 1990. La première de celles-ci est Fox Kids, devenue aujourd’hui Disney XD. Conçue initialement comme une plage horaire jeunesse des chaînes affiliées au réseau FOX, et diffusant des programmes Disney, dont la première version de la série La Bande à Picsou, Fox Kids devient une chaîne à part entière en 1990, suite à la rupture du contrat entre la FOX et la Walt Disney Company, afin de venir concurrencer la toute jeune Disney Channel. La chaîne diffuse alors des productions de Warner Bros, et notamment Les Animaniacs et la série Batman des années 1990. Mais, suite à la création de The WB Television Network en 1995, Fox Kids perd une nouvelle fois une grande partie de ses contenus. La chaîne s’allie alors avec Saban Entertainement, et récupère les droits sur de nombreuses productions animées japonaises, alors très populaires, ainsi que sur la franchise Power Rangers, dont la 20th Century Fox produira plusieurs films dans cette décennie.
1994 voit l’arrivée de la petite sœur de la FOX sur la câble, FX. Depuis son origine, la chaîne diffuse des émissions en direct depuis New-York, ainsi que des grands classiques de la 20th Century Fox. Malheureusement, la formule ne prend pas, et en 1997, la programmation est totalement remaniée. FX devient alors une sorte de « replay » de la FOX, en rediffusant les séries qui ont fait le succès de sa grande sœur nationale, et en retransmettant des événements sportifs, comme du base-ball ou de la NASCAR.
Avec ces succès dans l’acquisition de droits sportifs, News Corporation lance alors plusieurs chaînes de sport au niveau local. Le réseau FOX Sports Networks (FSN), voit ainsi le jour en 1996, à partir du réseau Prime Network, racheté au groupe Turner Broadcasting System (la maison-mère des chaînes TCM, CNN, et Cartoon Network, aujourd’hui filiale du groupe Time Warner), et se compose d’une vingtaine de chaînes de sport local aux Etats-Unis. Là aussi, le succès est rapidement au rendez-vous, la croissance des parts de marché du sport à la télévision étant exponentielle depuis le milieu des années 1990.
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Cette même année, News Corporation décide de se lancer sur le créneau de la chaîne d’information en continue, avec la sulfureuse FOX News. Flairant une absence de représentation télévisuelle pour un média conservateur, il est décidé que la chaîne sera donc principalement orientée vers la population la plus sensible aux idées Républicaines. Et c’est un succès, puisqu’en se plaçant comme la seule chaîne d’information conservatrice américaine, FOX News arrive rapidement à faire de l’ombre à ses concurrentes CNN et MSNBC, plus libérales.
En 1997, News Corporation lance sa chaîne la plus premium, avec National Geographic Channel. Le groupe profite ainsi du fait d’être l’éditeur du très prestigieux magazine scientifique National Geographic, pour en proposer une déclinaison télévisuelle, et ainsi partir en concurrence directe avec Discovery Channel et History Channel, alors seules chaînes de télévision présentes sur le créneau des chaînes documentaires et éducatives. Grâce à l’aura du nom Nat Geo, et à la qualité de ses programmes, la petite nouvelle ne tarde pas à se faire un nom et à venir concurrencer ses aînées.
Toujours cette année-là, News Corporation rachète Family Channel au groupe de chaînes évangéliques CBN, et la renomme Fox Family. Pour une meilleure synergie de groupe, il est décidé de regrouper Fox Family et Fox Kids sous un même toit, Fox Family Worldwide, filiale de la FOX.
En parallèle, le groupe de Rupert Murdoch entame également une expansion de son réseau télévisuel à l’international, notamment en entrant au capital du réseau britannique Sky (l’équivalent du Groupe Canal + au Royaume-Uni, en Italie, et en Allemagne), et en créant STAR (Satellite Television Asia Region), équivalent de la 20th Century Fox et de ses nouvelles filiales TV, mais centrée sur le marché asiatique. La Walt Disney Company participe d’ailleurs partiellement à cette aventure, via la création d’une chaîne de sport commune, ESPN STAR Sports.
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Avec les années 2000, News Corporation renforce son leadership au cinéma et à la télévision. Côté 20th Century Fox, le studio est l’un des premiers à explorer, avec succès, un nouveau genre de film, le film de super-héros. Si le cinéma avait déjà connu des adaptations de Batman et Superman, ce sont cette fois les héros de Marvel qui seront à l’honneur. En effet, en grandes difficultés financières à la fin des années 1990, la maison des idées avait vendu les droits d’adaptation d’un certain nombre de ces personnages à la Fox. C’est notamment le cas des X-Men, qui seront les premiers à ouvrir le bal en 2000. Suivront, avec plus ou moins de succès, Les 4 Fantastiques, Dardevil, ou bien encore Elektra.
Si les comédies musicales se font rares dans les années 2000 (seul Moulin Rouge sera produit sur cette période par le studio), les comédies, elles, sont légions, avec notamment l’explosion de trois franchises : Big Mamma, Treize à la Douzaine, et La Nuit au Musée. En parallèle, le studio continue de produire régulièrement des blockbusters comme Minority Report, I Robot, et des films-catastrophes, avec notamment le remake du Jour où la Terre s’Arrêta, Phénomènes, ou bien encore Le Jour d’Après, premier blockbuster faisant écho à la problématique du réchauffement climatique. Mais c’est avec Avatar, signé une nouvelle fois du maître James Cameron, que le groupe explose une nouvelle fois le box-office mondial, en battant 10 ans plus tard, son propre record. Avec ce film, la 20th Century Fox se place comme pionnière de la nouvelle ère du cinéma en 3D qui s’ouvre alors.
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L’argent ne faisant pas tout, c’est la filiale Fox Searchlight Pictures qui se charge de produire les films qui rapporteront des récompenses et du prestige au studio. Et sur ce point, les années 2000 seront particulièrement prolifiques, avec des films comme Little Miss Sunshine, Juno, ou bien encore Slumdog Millionnaire.
Enfin, cette décennie de succès sera aussi marquée par l’émergence de Blue Sky Studios. Devant les succès rencontrés par Pixar et Dreamworks sur les films d’animation, la Fox veut aussi sa part du gâteau. Ainsi, au début du troisième millénaire, il est décidé de réorienter l’activité de Blue Sky vers la production de films d’animation. C’est ainsi que verra le jour une nouvelle franchise bien lucrative, L’Âge de Glace.
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Côté télévision, le début de la décennie est marqué principalement par la vente de la filiale Fox Family Worlwide (et des chaînes Fox Family et Fox Kids) à… la Walt Disney Company. Tandis que Fox News devient la première chaîne d’information américaine sous la présidence de George W. Bush, la chaîne mère FOX prend la place de leader des chaînes nationales, notamment grâce à des émissions de télé réalité comme The Simple Life (avec Paris Hilton et Nicole Ritchie), et avec le télé-crochet American Idol (La Nouvelle Star en France).
Côté séries, la FOX et sa petite sœur FX profitent d’une nouvelle vague de productions-maison du studio. Les chaînes du groupe, mais également des réseaux concurrents, vont ainsi diffuser durant cette période, les succès Malcom, 24, The Shield, Earl, Nip/Tuck, American Dad, Bones, How I Met Your Mother, Prison Break, The Unit, Burn Notice, Sons of Anarchy, Modern Family, ou bien encore Glee. Côté programmation sportive, le réseau FOX muscle également son jeu, en arrivant à récupérer une partie des droits de la puissante NFL, la ligue de football américain, dont notamment le Superbowl, ainsi que les droits sur plusieurs sports automobiles.
Avec la montée d’Internet, l’explosion du téléchargement illégal et le début des nouveaux modes de diffusion (représentés notamment par Netflix qui commence à monter en puissance), News Corporation rejoint l’aventure Hulu, service de Vidéo à la Demande, et entreprise en joint venture réunissant les grands studios d’Hollywood. Enfin, à l’international, la décennie est marquée par la montée en puissance des réseaux Sky et STAR. Le groupe de Rupport Murdoch se prépare même à racheter intégralement le premier. Plus rien ne semble arrêter News Corporation dans son ascension vers la domination de l’univers du divertissement de masse au niveau mondial.
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Mais malheureusement pour l’histoire du studio 20th Century Fox et ses nouvelles filiales, le tournant des années 2010 sera le début d’un lent déclin, involontairement provoqué par les déboires de sa maison-mère, News Corporation. En effet, entre 2010 et 2012, le scandale « News of the World » éclate au grand jour au Royaume-Uni. News of the World était le plus puissant et plus ancien tabloïd anglais encore en activité. Comme de nombreux titres de presse (The Sun, The Times, The Wall Street journal, The New York Post, etc), il s’agissait d’un des journaux détenus par News Corporation. Or, en 2010, le tabloïd est impliqué dans un scandale politico-médiatique d’écoutes illégales de personnalités, dont la famille royale britannique. De nombreux responsables de l’administration britannique sont contraints à la démission par cette affaire, et les responsables de News of the World condamnés à des peines de prison. L’émotion suscitée par cette affaire outre-Manche, a même contraint Rupert Murdoch, également sujet de sa Majestée du fait de sa nationalité australienne, à s’expliquer devant une commission spéciale du Parlement britannique. Les conséquences de l’affaire sont telles, que devant la pression populaire, News Corporation renonce même à racheter l’intégralité du réseau Sky.
Image Le mal étant fait, News Corporation et son fondateur devaient disparaître, pour que ces filiales, toutes entachées par le scandale, puissent rebondir. En 2013, le groupe est alors scindé en deux entités : d’un côté News Corp, héritière directe de l’ancienne News Corporation et regroupant la majeure partie des titres de presse encore détenus par la famille Murdoch ; et de l’autre, 21st Century Fox, maison-mère de toutes les activités média de masse développées depuis le rachat de la 20th Century Fox dans les années 1980, aussi bien côté production, que diffusion de contenus. Pour parachever le tout, Rupert Murdoch commence à se retirer des affaires, au profit de ses enfants. S’il reste le coprésident du conseil d’administration de News Corp et de 21st Century Dox au côté de son fils Lachlan, il cède totalement la direction générale de cette dernière à son autre fils, James.
Image Image Deux ans avant la scission du groupe, celle qui est aujourd’hui la 21st Century Fox avait acquis la société de production d’émissions télé Shine. Cofondée en 2001 par Elisabeth Murdoch, la fille de Rupport Murdoch, Shine est rapidement devenu un gros producteur international d’émissions à succès, notamment avec les formats Masterchef, The Voice, The Island, ou Super Nanny. Avec la consolidation de la production TV du milieu des années 2010, Shine fusionne avec son grand rival, Endemol (créateur des formats Loft Story, La Ferme Célébrité, Patron Incognito, Star Acadamy, etc. et propriétaire du concours Miss France), pour donner naissance, fin 2014, au plus gros producteur de flux télévisé au monde, EndemolShine Group, dont la 21st Century Fox possède la moitié du capital.
Cette même année 2014, le groupe revend à sa filiale Sky (qu’elle détient toujours à presque 40 %), l’intégralité des participations de la Fox dans les réseaux Sky Italia et Sky Deutschland. Mais deux ans plus tard, la 21st Century Fox revient à la charge, et lance une nouvelle OPA sur le groupe Sky, après la tentative avortée quelques années plus tôt, suite au scandale « News of the World ». Et cette fois semble être la bonne, les autorités britanniques ayant donné un premier accord sur cette opération courant 2017, même si des recours contre ce rachat restent encore à purger dans les mois à venir, et malgré un avis mitigé de l'autorité de la concurrence anglaise (le scandale autour de la famille Murdoch ayant toujours du mal à passer). Toutefois, la nouvelle situation induite par la proposition de rachat de 21st Century Fox par la Walt Disney Company pourrait changer la donne dans cette affaire.
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Côté cinéma, la première moitié des années 2010 n’est pas spécialement marquée par une forte proportion de nouveautés pour le studio. Celui-ci se repose beaucoup sur ses lucratives franchises, et en relance même des anciennes, comme La Planète des Singes, ou tente de relancer des franchises de studios concurrents, comme avec le troisième volet du Monde de Narnia, récupéré auprès de Disney. C’est essentiellement la filiale Seachlight Pictures qui tire son épingle du jeu, avec de nombreux films une nouvelle fois récompensés, comme 127 heures, Black Swan, Twelve Years a Slave, ou bien encore The Grand Budapest Hotel; tandis que Blue Sky arrive enfin à trouver un successeur à l’Âge de Glace, avec la nouvelle franchise Rio. Cependant, la situation des productions cinéma du studio-mère, 20th Century Fox, semble s’améliorer ces dernières années, avec un retour au succès pour de nouvelles productions et franchises, comme Kingsman, Seul sur Mars, The Revenant, Le Crime de l’Orient Express, ou bien avec les dernières adaptations de l’univers X-Men, comme Deadpool ou Logan.
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À la télévision, la situation n’est pas forcément meilleure pour les chaînes du réseau FOX. La chaîne-mère perd le leadership au profit de CBS. La perte d’une partie des droits sportifs, conséquence indirecte du scandale « News of the World », oblige le groupe à revoir complètement son offre de chaînes sportives câblées, avec la réorientation de deux chaînes en généralistes sportives, Fox Sports 1 et 2. Et les séries, lancées avec succès dans les années 2000, connaissent un essoufflement notable, sans nouveau contenu majeur venant les remplacer derrière, à l’exception des séries Empire et Sleepy Hallow pour la FOX, ainsi qu’American Horror Story, American Crime Story, Fargo, et Legion, toutes dévolues à la petite sœur FX. Seules Fox News et National Geographic semblent éviter le trou d’air télévisuel, même si la chaîne d’info du groupe perd elle aussi en puissance, malgré le fait qu’elle conserve sa place de leader.
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Disney, une croissance basée sur les rachats

C'est en 1923 que les Disney Brothers Studios voient le jour, grâce à l'alliance de deux frères dont l'histoire et la famille marqueront à jamais le divertissement mondial, Walter Elias Disney, le créatif, et Roy Oliver Disney, le financier. Initialement spécialisé dans le cinéma d'animation et la production de court-métrages et de cartoons, le groupe se fait connaître en révolutionnant le monde de l'animation, avec les premiers dessins animés parlants (dont un certain Mickey Mouse, premier personnage parlant de l'histoire du cinéma, et aujourd'hui l'emblème du groupe), puis les premiers en couleurs. Très rapidement, le groupe change de nom pour adopter celui de Walt Disney Productions. Sous la direction de son charismatique fondateur et directeur créatif, le groupe se lance alors dans la première grande aventure de son existence, la production de Blanche-Neige et les Sept Nains, premier long-métrage d'animation. Le succès est au rendez-vous, la légende Disney commence.
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Un groupe s'appuyant grandement sur les adaptations

Depuis les débuts de ses « chefs d’œuvres » dans les années 1930, le développement et la croissance des Studios Disney se basent sur un principe maître: l'adaptation. En effet, très peu des grands films d'animation du groupe sont des créations originales propres à Disney, et cela même à l'époque de Walt. Aujourd'hui, bon nombre de personnages qui sont considérés comme des personnages Disney, furent en réalité créés par d'autres artistes. Des adaptations de contes populaires (Blanche-Neige, Cendrillon, La Petite Sirène, La Reine des Neiges), en passant par les romans pour enfant (Alice au pays des Merveilles, les 101 Dalmatiens, Winnie l'Ourson, Mary Poppins, Basil détective privé) ou pour adultes (Aladdin, Le Bossu de Notre-Dame, Tarzan), sans oublier les pièces de théâtre (Peter Pan), et bien d'autres choses encore, tous furent imaginés par d'autres, avant d'être sublimés par les équipes d'animateurs de Disney.
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Après la mort de Walt en 1966, et celle de son frère Roy en 1971, le Studio traverse une grande période de trouble durant les années 1970, jusqu'à la moitié des années 1980, et l'arrivée à la direction d'un certain Michael Eisner, provenant directement de la Paramount, et ayant travaillé avec Barry Diller, l'homme derrière l’explosion fulgurante de la division divertissement grand public de News Corporation. Pour éviter son rachat et son démantèlement par des sociétés financières, le groupe n'a d'autres choix que d'embrasser son destin, et de devenir lui-même un conglomérat de médias de masse. Les Walt Disney Productions deviennent donc la Walt Disney Company, qui après avoir repris assez d’ascendant, débute sa lente croissance, d'abord par la création de nouvelles filiales dans les années 1980 (Disney Channel, Touchstone et Hollywood Pictures), puis par des acquisitions dès le début des années 1990.
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Miramax (1993 – 2010)
Image Le premier de ces rachats intervient en 1993. À l'époque, la grande tendance est de produire des films dits « indépendants », et tous les grands studios historiques se mettent à en racheter des plus petits. La Walt Disney Company n'échappe pas à la règle, et se paie alors Miramax Films, la société de production des frères Weinstein, pour 19 millions de dollars. Mais le rachat ne signe cependant pas le départ des créateurs, puisque les Weinstein resteront à la tête de Miramax jusqu'en 2005. Durant leur collaboration de 12 ans, Disney et les Weinstein offriront bon nombre de films cultes, dont tous les Tarantino jusqu'à Kill Bill vol.2, Shakespeare in Love, la saga Screamet sa parodie Scary Movie, Chicago, Gangs of New-York... autrement dit, des films qui n'ont absolument rien à voir avec le cliché de « comédie musicale fleur bleue » qui colle à la peau du groupe depuis le creux des années 1980.
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En 2005, un différent éclate entre les Weinstein et Disney... ou plutôt, le PDG du groupe de l'époque Michael Eisner, alors en fin de règne lui aussi. Après des discussions, les deux frères quittent finalement Miramax et Disney « à l'amiable ». Étrangement, par les révélations sur Harvey Weinstein d'octobre 2017, cette séparation entre Disney et les créateurs de Miramax sonne tout autrement, comme si les dirigeants de l'époque savaient quelque chose et cherchaient à se débarrasser d'un poids mort, plus qu'encombrant, pour l'image de la maison-mère. Miramax survivra encore 5 ans dans le giron du groupe, mais les films qu'elle produit ont moins la côte qu'avant. Disney décide alors de se séparer de sa filiale, qui est finalement revendue 663 millions de dollars en 2010. À noter que depuis, Miramax a été à nouveau rachetée en 2016 par un autre grand groupe de média, le qatari BeIN.


American Broadcasting Company – ABC (1996 – actuellement) et autres médias télévisuels (2001 – actuellement)
Image En 1996, la Walt Disney Company se lance dans la plus grosse opération de rachat de son histoire (jusqu'au rachat de la 21st Century Fox), et qui fera de l'entreprise un véritable mastodonte des médias, celle du groupe ABC, l'un des trois grands réseaux historiques de la télévision américaine, pour un montant de 19 milliards de dollars.
ABC et Disney, c'est une très longue histoire d'amour, qui a débuté dès les années 1950 avec les parcs à thèmes. En effet, lorsque Walt Disney se lance dans son projet fou de créer un Disneyland à Anaheim en Californie, aucune banque ne veut le suivre sans un garant solide. Pour financer son projet, il fait donc appel à toutes les bonnes volontés, et c'est ABC qui y répond. La chaîne, qui entre alors au capital du parc, financera presque 30% de la construction de celui-ci. En échange, Disney produira une émission pour la chaîne: Disneyland, qui deviendra Walt Disney Present, puis Walt Disney's Wonderful World of Color, avec l'avènement de la couleur à la TV. La collaboration continue entre les deux groupes, puisque Disney produira une seconde émission pour ABC, le célèbre Mickey Mouse Club, ainsi que les séries cultes Davy Crockett et Zorro. Mais la fin du contrat liant Disney et ABC, et le rachat des parts de Disneyland par la maison-mère, entraînent la fin de la collaboration entre les deux groupes.
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Il faudra ainsi attendre 1996, et le rachat d'ABC par Disney, pour que les deux groupes soient à nouveau liés, cette fois de façon définitive. Avec ABC, Disney n’acquiert pas seulement une chaîne, mais bien un groupe de médias dans son ensemble, soit 11 chaînes de télévision (dont ESPN, la grande chaîne de sportive du câble/satellite), 21 stations de radio, des parts dans d'autres groupes télévisuels, ainsi que des centaines de titres de presse à travers les États-Unis.
Aujourd'hui, Disney a essentiellement conservé les chaînes de télévision et les moyens de production, soit le cœur de métier d'ABC. Les radios et titres de presse furent vendus à d'autres dans les années 2000. Depuis l'ère Disney, ABC a produit de nombreuses séries à succès, dont Alias, Desperate Housewives, Lost, Grey's Anatomy, Once Upon A Time, Castle, Agents of Shield... et bien d'autres encore. Mais le plus grand atout d'ABC, c'est d'avoir donné à la Walt Disney Company un successeur à un Micheal Eisner en fin de règne au milieu des années 2000, en la personne de Robert « Bob » Iger, le PDG d'ABC au moment du rachat, devenu numéro deux du groupe suite à cette fusion, avant d'en devenir le numéro un dix ans plus tard.
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Pour rester dans la télévision, en 2001 Disney poursuit son implantation dans ce secteur. Ainsi, après ABC, le groupe rachète à News Corporation (à l'époque la maison-mère de la 20th Century Fox) et à Saban (le papa des Power Rangers, dont Disney acquiert les droits par la même occasion), le groupe Fox Family Worlwide, maison-mère des chaînes câblées Fox Family et Fox Kids, le tout pour un montant de 5,3 milliards de dollars. Avec ce rachat, les chaînes changent de nom, mais pas d'orientation.
Fox Family devient ABC Family, et est une chaîne de « replay » d'ABC, tout en produisant cependant certaines séries propres à la chaîne comme Greek, Kyle XY, ou bien encore Pretty Little Liars. En 2016, nouveau changement de nom et d'orientation, pour l'ex Fox Life, qui devient Freeform, une chaîne à destination des adolescents, mais qui poursuit la diffusion des séries ABC Family encore en production.
Fox Kids connaît par contre une histoire un peu plus agitée, puisqu'après être devenue Jetix, elle changera complètement d'orientation en 2010, suite à la revente du catalogue Saban à son créateur, pour devenir Disney XD, version pour adolescents masculins de Disney Channel qui, elle, se tourne plus vers des programmes pour filles. Disney XD deviendra par ailleurs le canal de prédilection des productions animées Marvel et Lucasfilm, suite au rachat par Disney de ces deux autres groupes... mais nous verrons cela un peu plus loin.
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Pixar Animation Studios (2006 – actuellement)
Image Après la télévision, Disney se recentre sur des achats plus en lien avec son cœur de métier historique, à savoir la production de films d'animation. C'est ainsi qu'en 2006, le groupe rachètera Pixar Animation Studios. Là aussi, l'histoire entre les deux groupes est ancienne, et les relations, parfois tumultueuses, faillirent s'achever en divorce plutôt qu'en mariage. Le studio d'animation fut créé en 1979, sous le nom de Graphics Group, la division informatique de Lucasfilm. L'un des premiers projets du futur « Pixar » fut de travailler sur une partie des animations du film Tron, de Disney, qui était le premier long métrage à faire appel à de l'infographie. Graphics Group était alors plus une entreprise de recherche qu'un studio de production.
Image En 1986, George Lucas, en proie à des problèmes financiers, est contraint de vendre Graphic Group à Steve Jobs, tout fraîchement débarqué d'Apple, et en recherche d'une nouvelle compagnie spécialisée dans l'informatique. L'ancienne filiale de Lucasfilm change alors de nom et devient Pixar, du nom de l'ordinateur que produit alors l'entreprise, le Pixar Image Computer. En effet, à cette époque, l'animation n'était qu'une composante mineure de Pixar, le plus gros de l'entreprise étant la conception et la fabrication de matériel informatique. L'animation était essentiellement là pour promouvoir les capacités du matériel, montrer ce qu'il était capable de produire. Disney était d’ailleurs l'un des plus gros clients de Pixar, le studio cherchant alors à moderniser et faciliter la technique de fabrication d'un film d'animation.
Image Mais au début des années 1990, la santé financière de Pixar est au plus mal. Le groupe décide alors d'abandonner complètement son cœur de métier, pour se concentrer uniquement sur la production de contenu animé. Là aussi, Disney a grandement contribué à cette mutation, en signant en 1991, dès la restructuration financière de Pixar achevée, un contrat de distribution exclusive pour les trois premiers films produits par le studio. Quatre ans plus tard, le premier film de Pixar déboule sur les écrans, et est un véritable succès, aussi bien public que critique. Toy Story devient alors l'un des films d'animation les plus rentables de tous les temps, et se classe comme le plus gros succès de l'année 1995. Dans la foulée, Disney signe alors avec Pixar un second contrat, portant sur la coproduction de cinq films supplémentaires, en plus des trois initialement prévus, et acquiert 5% du capital du studio.
Image En 2004, à l'approche du terme du contrat, Pixar souhaite une renégociation de celui-ci, mais plus avantageuse pour le studio. En effet, même si les coûts de production et les bénéfices étaient partagés à 50%, les créations originales de Pixar tombaient, elles, dans le giron de Disney, sans contrepartie. Durant toute cette année 2004, les relations entre les deux studios vont s’envenimer, au point que Steve Jobs, alors PDG de Pixar, déclare publiquement à la presse, être en recherche d'un nouveau studio partenaire. En réponse, Disney annonce de son côté la création de son propre studio de films d'animation par ordinateur. Ces désaccords sont essentiellement du fait du PDG de Disney de l'époque, Michael Eisner, alors en fin de règne. Cependant, le départ de l'ancien président, et l'arrivée de Robert Iger à la tête de Disney, changent la donne, et les négociations reprennent courant 2005. Et celles-ci aboutissent à quelque chose de plus gros qu'un simple contrat de distribution, puisque Disney finit par racheter Pixar début 2006, pour 7,4 milliards de dollars, dont la moitié en actions Walt Disney Company, faisant ainsi de Steve Jobs, le premier actionnaire individuel de Disney. Mais ce rachat ne signifie par pour autant la fusion pure et simple de Disney et Pixar, ce dernier conservant une certaine indépendance, notamment dans la gestion du personnel, et du processus créatif de ses films.


Marvel Entertainement (2009 – actuellement)
Image Dans la catégorie des rachats effectués par Disney, c'est probablement celui de Marvel Entertainement, qui est le premier à faire beaucoup de bruit, notamment au sein des communautés geek et Disney Fan. En août 2009, Disney annonce à la surprise générale, qu'elle rachète Marvel Entertainement pour 4,3 milliards de dollars. La grande mode des années 2000, ce sont les films de super-héros, et grâce à cela, les concurrents de Disney font énormément de profits. Mais plutôt que de se payer une simple licence et de l'adapter, comme l'ont fait la 20th Century Fox, Sony, Universal ou Paramount, Disney décide de suivre la voie déjà tracée par Time-Warner, acheter directement un éditeur de Comics, et ainsi acquérir l'ensemble de ses licences. Le choix n'est cependant pas énorme pour Disney, DC Comics, la maison-mère de Batman, Superman ou Wonder Woman étant déjà dans le giron de son concurrent. Ce sera donc Marvel, l'autre gros éditeur de comics, et concurrent éternel de DC, qui sera choisi par Disney.
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Ce rachat fut un véritable coup de maître pour Disney, car outre la popularité supérieure des héros Marvel auprès du public, l'entreprise dispose également d'une situation économique saine, et ce grâce au cinéma, alors qu'elle était déclarée en faillite dans les années 1990. De plus, Disney met ainsi bon nombre de ses concurrents dans l’embarras, en récupérant des droits sur des films et des licences qu'ils avaient eux-même produits. En somme, les concurrents déboursent, mais c'est Disney qui encaisse une partie des bénéfices, sans rien investir. On retrouve ce cas sur les licences cinématographiques Spider-man et X-Men, obligeant ainsi respectivement Sony et la 20th Century Fox à produire des films sur ces deux licences, s'ils ne veulent pas perdre les droits d'utilisation cinéma. La pilule sera encore plus amère pour Universal, qui a développé tout un secteur de son second parc à thèmes floridien sur les héros Marvel, et qui va devoir, outre payer un droit d'utilisation à Disney jusqu'à expiration du contrat de licence, procéder à une refonte complète de cette partie du parc. Mais le grand perdant de l'histoire fut certainement la Paramount, initiatrice de l'Univers Cinematrographique Marvel, aujourd'hui devenu la franchise la plus rentable de l'histoire du cinéma et la référence en matière de personnages coexistant dans un univers partagé commun sur grand écran.
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Pour revenir à Disney, en intégrant Marvel dans son giron, le groupe met ainsi la main sur près de 5 000 personnages différents et de nombreuses franchises à succès, tels Spider-Man, X-Men, Iron Man, Hulk, Thor ou bien encore Captain America, et les Gardiens de la Galaxie. Mais outre les franchises, Marvel c'est aussi un savoir-faire dans l'édition de comics et dans le merchandising, chose dont Disney est très friand, afin de nourrir les lands et boutiques de ses parcs à thèmes.
Ainsi, il y a huit ans, ce rachat a fait grincer par mal de dents, notamment chez les fans de Marvel, qui craignaient une « mickeysation » de leurs héros. Mais force est de constater que des années plus tard, toutes les craintes se sont envolées, et que tout comme Pixar, ABC, ou même Miramax en son temps, la nouvelle filiale a conservé, et son indépendance, et son équipe dirigeante qui a fait le succès de la marque ces dernières années.


Lucasfilm Ltd. (2012 – actuellement)
Image Dernier rachat en date de Disney dans le secteur du cinéma, avant celui de la 21st Century Fox, celui de Lucasfilm Limited à la fin 2012, pour la somme de 4,06 milliards de dollars. Tout comme pour Marvel trois ans plus tôt, l’acquisition de Lucasfilm est une véritable surprise, d’autant plus que le groupe fondé et dirigé jusqu’à présent par George Lucas, ne produit plus grand chose depuis la fin de la prélogie Star Wars en 2005, et le dernier volet des aventures d’Indiana Jones en 2008, en dehors de la série animée The Clone Wars.
Mais Disney n’avait pas lancé cette opération sans raison valable. En effet, depuis le début de cette année 2012, George Lucas et ses équipes s’étaient secrètement lancés dans la pré-production de la suite de la célèbre saga Star Wars. Lucas savait cependant qu’il ne pourrait mener à bien le projet à son terme (l’homme ayant presque 70 ans à ce moment, et préférant sans doute se consacrer désormais à autre chose) et préféra donc revendre sa société au groupe de média qui était l’un de ses partenaires privilégiés depuis déjà de nombreuses années.
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Car l’histoire entre Lucasfilm et la Walt Disney Company, c’est un peu comme celle entre Disney et ABC, c’est-à-dire un long dimanche de fiançailles. En effet, avant de proposer son scénario du premier Star Wars à la 20th Century Fox (encore « elle » diront certains, comme quoi, le destin des deux groupes était écrit depuis de nombreuses années), George Lucas s’était initialement tourné vers Disney qui avait refusé de produire le film. Grand mal en eut pris aux décisionnaires de l’époque chez Disney, car Star Wars devint en 1977 le film le plus rentable de tous les temps.
Mais l’association entre Lucas et Disney n’en était pas pour autant définitivement enterrée, puisque dans les années 1980, la firme de Burbank se rapproche du créateur de Star Wars pour la réalisation de deux attractions : un film en 3D stéréoscopique, plus connu sous le nom de Captain EO, et un simulateur de vol sur la célèbre franchise galactique, Star Tours. Et bien entendu, le succès est au rendez-vous. Si aujourd’hui, la première attraction a disparu des parcs Disney, la seconde reste l’une des expériences principales d’une visite dans les parcs, et encore plus depuis la mise en place en 2011 d’une version modernisée de l’attraction, avec Star Tours : l’Aventure Continue. Ceux deux attractions seront rejointes dans les années 1990 par deux nouvelles sur une autre franchise à succès de Lucasfilm, Indiana Jones Adventure et Indiana Jones et le Temple du Péril.
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Mais plus qu’une licence ultra-populaire sur le point d’être relancée au cinéma, l’achat de Lucasfilm est aussi l’acquisition par Disney de toutes les filiales techniques, et notamment ILM et Skywalker Sound, deux des plus gros studios spécialisés dans les effets spéciaux pour l’un, et les effets sonores pour l’autre. Désormais, toute grosse production cinématographique qui cherche les meilleurs en termes de technique, devront donc s’adresser à des filiales de la Walt Disney Company, qui touche ainsi de l’argent de ses concurrents pour la réalisation des effets spéciaux et sonores de leurs films, tout en assurant ainsi une réduction des coûts pour elle-même, sur ces deux postes pour ses propres productions.
Tout comme pour Marvel et Pixar, Lucasfilm conserve une relative autonomie dans son fonctionnement et ses choix. De plus, l’intégration à The Walt Disney Company permet ainsi de créer une véritable synergie de groupe, en retrouvant notamment des produits Star Wars en plus grand nombre dans les parcs, ou bien de favoriser la diffusion des productions Lucasfilm sur les chaînes du groupe, dont la série Star Wars Rebels sur Disney XD. Et pour le moment, malgré ce que l’on peut penser de la qualité des productions Lucasfilm, force est de constater que financièrement, les résultats sont largement au rendez-vous pour la maison-mère et son dirigeant Bob Iger. La stratégie de rachat de masse, qu’il a entrepris depuis son arrivée à la tête de la Walt Disney Company, porte pleinement ses fruits, et fait du groupe créé par Walt et Roy Disney, la première entreprise de divertissement mondial.
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BAMTech Media (2016 - actuellement)
Image C'est en août 2016, puis en août 2017, que se déroule le dernier rachat significatif de la Walt Disney Company, celui de 75% de BAMTech Media pour 2,58 milliards de dollars. BAMTech est une star'up de la Tech, créée par la Major League Baseball, afin de retransmettre en direct ou en différé, via un service de vidéos à la demande, des événements sportifs liés au baseball et au hockey sur glace. En parallèle, BAMTech diversifie rapidement son activité, en devenant la société en charge de développer et gérer l'offre de streaming de la chaîne HBO, ainsi que les programmes en ligne de la WWE, la célèbre fédération de catch aux Etats-Unis.
Cherchant à contrer la perte des abonnés de son réseau de chaînes de sports ESPN, et devant le succès fulgurant de la jeune entreprise, Disney rentre alors au capital de BAMTech Media pour 30%. L'idée de Disney est alors de créer une "Netflix du sport" en se servant de BAMTech pour développer l'offre en ligne d'ESPN. Toutefois, le projet reste au stade embryonnaire à ce moment, des discussions étant en cours avec Reed Hastings pour un éventuel rachat de Netflix par Disney. Cependant, la tentative d'OPA sur Netflix ne dépasse pas le stade de la rumeur de presse, et un an plus tard, la Walt Disney Company devient l'actionnaire majoritaire de BAMTech en montant à 75% du capital de l'entreprise. L'objectif est désormais clair et fixé: se servir du savoir-faire de BAMTech, et notamment de son algorithme d'analyse en ligne des habitudes des consommateurs, pour ouvrir dès 2018 la plateforme de vidéos à la demande d'ESPN, et dès 2019 pouvoir proposer un concurrent à Netflix sur le créneau de la vidéo à la demande en matière de films et de séries. Mais sur ce dernier point, reste une problématique, celle du catalogue et des moyens de production.



Un mariage de raison ?

Après cette longue présentation des deux groupes, vous aurez donc constaté que les liens entre la 21st Century Fox et la Walt Disney Company existent au moins depuis une bonne trentaine d’années, et que ceux-ci n’ont fait que se renforcer avec le temps. Dans le climat actuel de consolidation que connaît le marché des médias de masse au niveau mondial (fusion de AT&T et de Time Warner, la maison-mère des studios Warner Bros., rachat du groupe Next Radio TV par Altice, fusion d’Endemol et Shine), le rapprochement des deux groupes, entretenant des liens certains, semble, in fine, une chose logique.
Image Mais qu’est-ce qui est réellement mis dans la balance dans cette opération ? Que rachète donc la Walt Disney Company ? La question à se poser est plutôt « Que ne rachète pas la Walt Disney Company à la 21st Century Fox ? ». Car autant commencer par le plus simple, à savoir, ce qui est exclu de cette grande acquisition.
Premier actif du groupe de la famille Murdoch à ne pas faire partie de la proposition: le réseau Fox Broadcasting Company, à savoir la chaîne de télévision nationale FOX. En effet, la Walt Disney Company possède déjà un réseau national hertzien aux États-Unis avec ABC. Or, les lois anti-concurrentielles américaines interdisent à un groupe de détenir plus d’un réseau national. Il n’est donc pas possible pour Disney de détenir le réseau de la chaîne FOX.
Second actif exclu: le réseau câblé et satellitaire FOX News et sa déclinaison économique FOX Business. Bien que Disney possède pas de chaîne d’information, malgré l’existence de la puissante division ABC News, le souci de racheter le réseau FOX News est plus de l’ordre de l’image pour le groupe fondé par Walt Disney. En effet, alors qu' ABC News a plutôt un positionnement neutre, voire une tendance libérale-démocrate, le positionnement très conservateur de FOX News n’est pas forcément en adéquation avec l’image recherchée par le conseil d'administration de la Walt Disney Company. De plus, le régulateur pourrait considérer le rachat de FOX News par Disney, comme une possible entrave à la concurrence, avec possiblement la suppression de la chaîne conservatrice à terme, si elle avait fait partie de l’accord.
Enfin, le troisième actif non concerné par le rachat de la 21st Century Fox par la Walt Disney Company est le réseau de chaînes de sport FOX Sport 1, FOX Sport 2, et Big Ten Network. Le cas est ici assez analogue à celui de FOX News vu ci-avant (mais sans le côté sulfureux de l’image de ces chaînes), du fait que la Walt Disney Company possède déjà le principal réseau sportif avec ESPN.
Avant que l’intégration de la 21st Century Fox à la Walt Disney Company ne puisse se faire, cette première devra donc procéder à une scission des actifs évoqués ci-dessus, soit en créant une nouvelle société, soit, plus logiquement, en transférant ses actifs vers News Corp, l’autre groupe de média dirigé et possédé par la famille Murdoch depuis la division de News Corporation en 2013.
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Ce que la Walt Disney Company achète, c’est donc tout le reste, à savoir principalement :
  • la 20th Century Fox et de ses filiales (dont Fox Searchlight, Fox 2000, Blue Sky, et Fox Music), y compris le catalogue des films du groupe ;
  • la 20th Century Fox Television et de ses filiales (dont Fox Television Animation), y compris le catalogue des téléfilms et séries du groupe ;
  • les actifs immobiliers (les studios physiques) de la 20th Century Fox (et Television), situés à Sydney en Australie (les studios historiques de Century City à Los Angeles restant pour le moment la propriété de la "nouvelle Fox", Disney et ses nouvelles filiales louant les locaux pour un premier bail de 7 ans) ;
  • le réseau câblé et satellitaire FX et ses filiales ;
  • le réseau des chaînes sportives locales FOX Sports Net et ses filiales ;
  • le réseau des chaînes câblées et satellitaires à l’international, Fox Network Group International et ses filiales ;
  • le réseau de chaînes câblées et satellitaires en Asie, STAR TV et ses filiales ;
  • la participation du groupe dans le magazine National Geographic, ainsi que dans le réseau des chaînes télévisées National Geographic et ses filiales ;
  • la participation du groupe dans la joint-venture Hulu ;
  • la participation du groupe dans la société de production télévisée, Endemol-Shine Group ;
  • la participation du groupe au réseau satellitaire SKY et ses filiales ;
  • les droits de licence sur le parc d’attractions 20th Century Fox World, actuellement en construction en Malaisie.
Si l’opération est validée par les autorités américaines, ainsi que par les actionnaires des deux groupes, la Walt Disney Company mettrait donc la main sur un catalogue de production tout aussi impressionnant que le sien, si ce n’est plus. Des Hommes Préfèrent les Blondes à Avatar, en passant par Cléopâtre, Titanic, les franchises Alien, Predator, X-Men, Die Hard, sans oublier les productions télé comme Les Simpsons, Bones, X-Files, ou bien encore Les 12 Coups de Midi, Big Brother (Loft Story, Secret Story en France), et le Concours Miss France, tels serait ainsi un aperçu des marques détenues par Disney. Et cela, sans évoquer bien entendu les réseaux de diffusion au niveau mondial que récupérerait le groupe dirigé par Bob Iger.
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Au total, cette opération de rachat de la 21st Century Fox par la Walt Disney Company est estimée aujourd’hui à 66,1 milliards de dollars (soit 56,16 milliards d’€uros à la date d’annonce du rachat, le 14 décembre dernier). Mais attention, il ne s’agit pas pour la Walt Disney Company de débourser du cash pour mener à bien cette opération, ou tout du moins, pas en totalité. Ainsi, sur le coût total, seuls 13,7 milliards de dollars (11,64 milliards d’€uros ) seront dépensés par la Walt Disney Company en monnaie sonnante et trébuchante, afin de rembourser l’intégralité de la dette de la 21st Century Fox. Le reste, à savoir le coût réel du rachat équivalant à 52,4 milliards de dollars (44,52 milliards d’€uros ) sera effectué par un mécanisme classique de fusion-acquisition par une conversion d’actions 21st Century Fox en actions Walt Disney Company, au taux de conversion de 0,2745 action Disney offerte en échange d’une action Fox.
Au terme de l’opération, Rupert Murdoch deviendra l’un des actionnaires individuels de référence de la Walt Disney Company, avec en sa possession 4,34 % du capital du groupe, soit un niveau comparable à celui de Laurene Powell Jobs, la veuve de Steve Jobs, qui possède 4,11 % du groupe. À noter également que ce rachat fera monter la part du Prince Al-Walid, actionnaire de 21st Century Fox et ancien actionnaire de référence d’Euro Disney SCA, qui s’était déjà vu offrir des actions de la Walt Disney Company, en échange de ses actions dans le groupe gérant la destination touristique européenne, lors du rachat de cette dernière par la maison-mère en 2017.
Image La question que beaucoup de personnes se posent, c’est le pourquoi de ce rachat de la Fox par Disney ? Surtout lorsque l’on sait que la Walt Disney Company est la n°1 dans sa catégorie, et la 21st Century Fox la n°3. Plusieurs réponses à cette question sont possibles.
La première, c’est bien entendu la consolidation du marché du divertissement de masse que nous évoquions un peu plus haut. Cette consolidation est la conséquence de l’arrivée de nouveaux acteurs très puissants dans le domaine du divertissement, les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon). Grands acteurs de la tech depuis de nombreuses années, les GAFA ont entrepris depuis quelques années une diversification de leurs activités. Cela passe notamment par Youtube pour Google, Amazon Video pour le leader mondial du commerce en ligne, ou bien encore Apple TV pour la firme à la pomme. Et au petit jeu de « qui sera mangé par l’un des GAFA pour devenir son producteur de contenu », Disney et la Fox étaient des candidats idéaux du fait qu’ils n’étaient adossés à aucun grand groupe de la tech, contrairement à Universal avec Comcast, ou Warner avec AT&T. Ceci est d’autant plus vrai que depuis déjà de nombreuses années, la rumeur court qu’Apple aurait dans son collimateur l’acquisition du groupe fondé par Walt Disney, avec lequel il entretient des relations étroites. Et avec son immense trésorerie de plus de 200 milliards de dollars, le géant des smartphones et des ordinateurs n’aurait eu aucun mal à racheter la Walt Disney Company. Il était donc devenu vital pour cette dernière de grossir encore plus après ces multiples rachats des années 2000 et 2010, afin d’éloigner toute tentative d’OPA d’Apple à son encontre. Le constat était le même pour le groupe de Rupert Murdoch, d’autant plus depuis son affaiblissement, suite à la scission de News Corporation.
Image La seconde réponse est à chercher par la modification des habitudes de consommation de la population mondiale, à l’ère de l’Internet 2.0, et notamment l’arrivée d’un nouveau concurrent sur le marché de la production, Netflix. En moins de 10 ans, le célèbre service de vidéos en ligne à la demande, fondé par Reed Hastings, a révolutionné la façon de consommer des films et des séries. S’il n’a pas réussi à endiguer le téléchargement illégal, Netflix a néanmoins accompli l’exploit de mettre un coup de pied dans la fourmilière hollywoodienne, en arrivant à proposer du contenu original et qualitatif… uniquement accessible via son propre canal de distribution en ligne.
Si, au début, certains studios, comme la Walt Disney Company, se sont associés à la plateforme en ligne, avec le temps, les relations se sont dégradées. Ceci est d’autant plus vrai entre Netflix et Disney, qu’il y a à peine plus d’un an, les rumeurs de marché évoquaient un possible rachat de la firme de Los Gatos par le groupe de Burbank, avec à la clé, la promesse de Bob Iger de laisser les rênes du groupe Disney à Reed Hasting. Mais celui-ci n’a pas accepté cette proposition, et depuis lors, les relations se sont envenimées entre les deux groupes. Profitant de son acquisition de BAMTech entre 2016 et 2017, Disney décide donc de rompre son accord de diffusion avec Netflix à partir de 2019, et de venir le concurrencer sur son propre terrain, celui de la diffusion de contenus en ligne. Pour cela, le groupe de Bob Iger peut déjà compter sur l’immense contenu du catalogue Disney et de ses filiales (ABC Television, Pixar, Marvel, Lucasfilm). Mais pour enfoncer le clou, il fallait à la Walt Disney Company encore plus de contenus pour alimenter sa future plateforme.
Et c’est là qu’intervient le rachat de la 21st Century Fox. Outre le catalogue en lui-même, cette acquisition permet à Disney de mettre la main sur la majorité de la plateforme Hulu, concurrent direct de Netflix, voire de racheter totalement celle-ci dans le courant de l’année (par l’acquisition des 30 % détenus par NBC-Universal), afin de faire directement d’Hulu, sa plateforme de vidéos à la demande en ligne. De plus, ce rachat de la 21st Century Fox permet à la Walt Disney Company de mettre la main sur les précieuses chaînes locales de sport de FOX Sports Net, afin d’accroître là aussi le contenu du futur service de vidéos à la demande en ligne d’ESPN, qui sera lancé dans le courant de cette année 2018. ESPN qui, pour information, est la véritable vache à lait de la Walt Disney Company, puisque le réseau câblé et satellitaire de chaînes sportives apporte à lui seul plus d’1/4 du chiffre d’affaires du groupe.
Image Une dernière question reste à poser : quelles perspectives pour les deux groupes avec ce rachat ? La première, nous l’avons déjà évoquée ci-avant, à savoir le lancement du service de vidéos à la demande d’ESPN en 2018, et celui de Disney-Fox en 2019.
La seconde perspective concerne la récupération de divers droits d’exploitation de propriétés intellectuelles détenus par la 21st Century Fox, pour le bénéfice de la filiale de la Walt Disney Company :
  • pour Marvel Studios, les droits sur les personnages des X-Men ainsi que ceux des Quatre Fantastiques, pour le plus grand plaisir de Kevin Feige, qui dispose ainsi d’un nouvel éventail de possibilités pour les futures phases de l’Univers Cinématographique Marvel. Il faudra donc s’attendre à un reboot complet des X-Men à l’avenir, et à l’arrivée d’un possible cross-over Avengers VS X-Men.
  • pour Lucasfilm, les droits sur le tout premier épisode de Star Wars (Episode IV – Un Nouvel Espoir), qui étaient propriété « à vie » de son producteur, la 20th Century Fox.
  • pour ABC, les droits sur les nombreuses séries TV et émissions diffusées sur la chaîne, et produites par des filiales de 21st Century Fox (notamment Modern Family).
  • pour Parks & Resorts, les droits d’exploitation des nombreuses attractions « l’Âge de Glace » existantes un peu partout dans le monde, les droits d’exploitation d’un 7ème complexe avec 20th Century World Malaysia, et potentiellement d’un 8ème complexe avec 20th Century World Dubai, et enfin les droits d’exploitation complets sur la licence Avatar, déjà développée à Walt Disney World, et qui pourrait ainsi plus facilement se développer dans les autres complexes du groupe.
  • pour Walt Disney Theatrical Productions, les droits sur la comédie musicale Anastasia, adaptée du film d’animation de la 20th Century Fox (les personnes croyant qu’Anastasia est un dessin animé Disney ne seront plus totalement dans le faux), que le groupe avait vainement tentés d’acquérir il y a quelques années.
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La troisième perspective concerne l'avenir du mythique et historique studio de production cinématographique 20th Century Fox et de ses filiales. Au regard des précédentes opérations d'envergure déjà réalisées par Disney, il est fort probable que la 20th Century Fox conserve une indépendance relative au sein de la Walt Disney Company, à l'image de Marvel ou de Lucasfilm. Si Disney rachète la Fox, c'est aussi pour profiter de son expérience et élargir son audience à des genres de films que le studio ne produit pas ou plus, et non pour tout uniformiser à une sauce Disney, qui relève plus de la légende que de la réalité dans les faits. La seule véritable interrogation concerne la filiale Blue Sky, qui entre en concurrence directe avec les productions-maison historiques et celles de Pixar. Et sur ce point, il est fort probable que Disney décide purement et simplement de fermer ce studio d'animation. En effet, ne pas oublier que tout rachat effectué par Disney s'est toujours accompagné d'une certaine rationalisation, et donc de fermetures de filiales non viables sur le long terme.
La quatrième perspective concerne l'avenir de 20th Century Fox Television et de ses filiales. Tout comme le studio de cinéma, celui à destination de la télévision ne devrait pas être significativement affecté par l'opération. Il se pourrait même qu'ABC Television Studio, anciennement Touchstone Television, soit absorbé par 20th Century Fox Television, tant la filiale historique de la Walt Disney Company n'est plus tellement performante, depuis déjà quelques années, dans la production de nouveaux contenus populaires. Il pourrait en être de même pour les divisions télé de Marvel et Lucasfilm, afin de rationaliser l'organisation générale du groupe. Reste à savoir si ce grand pôle de production de contenus TV, à même de concurrencer Netflix sur le créneau des nouveaux contenus, sera réellement unifié, et s'il changerait de nom pour une identification plus simple pour les consommateurs.
La cinquième perspective concerne les possibles liens qui se mettraient en place entre National Geographic et Disney Nature. En effet, il n'est pas impossible qu'à l'avenir, les réseaux de la prestigieuse chaîne culturelle profitent d'être sous le même toit, pour pouvoir diffuser en prime time les films de Disney Nature. Et à contrario, Disney Nature pourrait également profiter à l'avenir des précieux financements de la National Geographic Society, pour la mise en chantier de nouveaux films.
Enfin, cette opération de rachat a abouti à une nouvelle prolongation du mandat de Bob Iger à la présidence de la Walt Disney Company, jusqu'à fin 2021 au moins. Il s'agit très certainement des dernières années de l'homme à la tête du groupe qu'il aura dirigé pendant près de 20 ans, et conduit vers toujours plus de succès. Dès lors, au regard des difficultés que rencontre le conseil d'administration de la Walt Disney Company à trouver un successeur à l'ancien patron d'ABC depuis déjà quelques années, il est fort probable que celui-ci aille chercher son nouveau leader au sein des exécutifs de sa nouvelle filiale. Dès lors, il n'est pas interdit d'imaginer l'un des fils Murdoch succéder à Bob Iger d'ici quelques années; mais seul l'avenir nous le dira.
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Il est encore difficile de mesurer complètement les tenants et surtout les aboutissants de cette méga opération de rachat, qui conduirait à la naissance du plus grand groupe de divertissement grand public qui n'ait jamais existé jusqu'à présent. Pesant à lui seul 40% du marché cinéma hollywoodien, et tout autant pour les marchés des productions télévisuelles ou des diffuseurs de contenus, ce mariage entre deux des studios historiques du cinéma mondial est toutefois conditionné à l'approbation de cette opération, d'une part par les actionnaires respectifs des deux sociétés, et d'autre part par l'autorité de la concurrence américaine. Autant dire qu'une telle concentration dans un seul groupe n'est pas du goût de tous à Hollywood, et le cas de la fusion entre Time Warner et AT&T, dont la décision des autorités anti-trust se fait attendre depuis plus de 18 mois, pourrait faire jurisprudence si elle n'aboutit pas. Ce que nous évoquions dans les derniers paragraphes ci-dessus n'est donc pas encore fait, tout comme le fait de voir débarquer les licences Fox dans les parcs d'attractions du groupe. Affaire à suivre donc.
Mais il serait réellement regrettable que ce rachat n'aboutisse pas, à la fois pour l'avenir de Disney en tant qu'entreprise indépendante d'un autre grand groupe, et dernier des grands studios de l'âge d'or hollywoodien toujours autonome, mais aussi pour toutes les fantastiques perspectives qu'ouvrirait ce rachat sur le long terme aux Fans Disney. Et vous, quel est votre avis sur cette opération à 66 milliards de dollars, prédite par Les Simpsons depuis presque 20 ans déjà ?
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Article : Jake Sully
Relecture : carter, La Veuve Noire
Photos : The Walt Disney Company, 21st Century Fox
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